Après la mort d'un livreur à vélo âgé de 16 ans à Lille, certains de ces travailleurs racontent les dangers auxquels ils sont exposés.
Après la mort d’un livreur à vélo âgé de 16 ans à Lille, certains de ces travailleurs racontent les dangers auxquels ils sont exposés. (©WL/Lille actu)

À Lille, difficile de louper ces jeunes, équipés de leur grand sac estampillé aux couleurs des services de livraison : Uber Eats, Deliveroo, Stuart, Just Eat etc. Même si beaucoup sont désormais en scooter, bien d’autres se déplacent encore en vélo. Malgré leur réputation parfois négative sur la route eux-aussi sont victimes de chauffards. La mort d’un jeune livreur de 16 ans à Lille cette semaine l’a douloureusement rappelé. 

Ces livreurs lillois nous racontent les dangers auxquels ils sont exposés.

Des accidents fréquents pour les livreurs à vélo

C’est au fil des discussions avec les livreurs que l’on se rend compte que les accidents sont fréquents. Parmi ceux rencontrés, tous ont été victimes ou témoins d’un accident. Tristan*, livreur depuis deux ans explique son expérience : « Une fois, une voiture me collait de trop près, quand je me suis arrêté au feu il a roulé sur ma roue. Heureusement moi je m’en suis sorti sans blessures, mais l’arrière de mon vélo était totalement détruit ». 

Karim, bientôt 30 ans, et livreur depuis un an et demi a été percuté par un automobiliste. Il se souvient : « La voiture a grillé le feu rouge, elle a tapé dans mon vélo et je suis tombé sur la tête et le coude. Rien de grave, seulement des blessures superficielles et des éraflures, mais beaucoup de peur. »

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Ce sont parfois même pour éviter de percuter les voitures, que les cyclistes se mettent en danger. Nassim, livreur depuis un an se remémore un moment effrayant pour lui : « Je remontais la rue Nationale, quelqu’un se garait sans faire attention à la piste cyclable. J’ai été obligé de l’esquiver au dernier moment, je suis tombé sur la route et les autres voitures m’ont contourné au dernier moment. »

Le manque d’attention et considération

C’est parfois ce manque d’attention qui peut entraîner des accidents. « Entre 17 h 30 et 20 h 00,  les gens font un peu moins attention. Je me méfie surtout au niveau de Wazemmes et de la rue des Postes, c’est dangereux. On est pressé et eux aussi. Mais s’il doit y avoir un choc, c’est sans aucun doute le cycliste qui aura le plus de dégâts », souligne Karim.

Certains livreurs sont en vélo, d'autres sont en scooter, mais tous redoutent les accidents
Certains livreurs sont en vélo, d’autres sont en scooter, mais tous redoutent les accidents (©WL/Lille actu)

Nassim, quant à lui craint surtout la fin de semaine : « Pour moi, c’est surtout le week-end que j’ai eu des problèmes. Il y a parfois moins de circulation dans les rues, les gens roulent plus vite. Ils nous évitent au dernier moment. S’il y a un accident, souvent, ils ne s’arrêtent pas. Ils repartent aussi vite. Ils ne prennent pas la peine de savoir si on va bien. »

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Karim constate un manque de considération pour les livreurs : « Il y en a certains qui roulent mal, c’est sûr. Mais on est tous mis dans le même panier. Du coup les conducteurs nous klaxonnent sans aucune raison, ils nous insultent », explique-t-il, désabusé.

Maintenant j’ai peur de rouler car c’est difficile de savoir comment vont réagir les gens au volant. Je préfère prendre le trottoir que de rouler trop longtemps sur la route.

KarimLivreur depuis deux ans à Lille

Même si ces livreurs sont parfois en tort dans leur comportement, selon Karim, les automobilistes ne sont pas parfaits non plus : « Ils ne respectent pas toujours le Code de la route. T’as beau avoir la priorité il s’en foutent. »

Et les protections ?

Une chose qui peut surprendre quand on voit ces livreurs, c’est l’absence de protections. Il est rare de trouver des livreurs cyclistes avec un casque. Une norme implicite selon Karim : « J’avoue ne pas avoir de casque. De toute façon, personne n’en met ici, je suis conscient d’être influencé par les autres. »

Il pointe alors quelques livreurs cyclistes civils qui passent : « Même les gens qui ne travaillent pas ne mettent pas de casque, à part quelques papis », dit-il sur le ton de l’humour. Tristan* explique alors « ne rouler que sur des pistes cyclables ». Il s’équipe tout de même de gants bien épais en cas de chute, pour « amortir le choc ».

La question de la sécurité sur la route est sur la table, mais ce n’est pas la seule…

Un hommage au jeune cycliste décédé

L’Association Droit au Vélo s’est emparée du sujet pour y exprimer sa douleur et son inquiétude quant à la situation. Ils ont décidé d’organiser un hommage en l’honneur de ce jeune homme décédé :

« Cet accident est d’autant plus douloureux qu’une jeune cycliste avait également perdu la vie il y a deux ans sur ce même axe – très fréquenté par les cyclistes – qui relie Villeneuve-d’Ascq au cœur de la ville de Lille.

Nous appelons donc chacune et chacun à témoigner de sa solidarité avec ce jeune cycliste en étant présent, vêtu de manière voyante (gilet, brassards, …) sur : l’extrémité du pont de Tournai côté Hellemmes – vendredi 14 janvier à 18h30

Nous n’occuperons pas les chaussées de circulation, mais nous occuperons de manière visible les autres espaces (terre-pleins, …).

Nous demandons aux personnes présentes de se couvrir le visage d’un masque dans le contexte actuel de la pandémie.

Il n’y aura ni banderoles, ni prise de parole, ni revendication exprimée. Le silence et de la dignité sont juste requis durant ce rassemblement. »

Livreur Deliveroo à 16 ans, c’est illégal mais…

Mise à jour : D’après nos confrères de La Voix du Nord, qui ont rencontré des proches du jeune homme, ce dernier n’était pas livreur. « Un ami qui travaille chez Deliveroo s’était fait dérober son sac. Il aurait demandé à Faël d’aller chez lui en chercher un autre et de lui ramener », écrit le quotidien.


S’agissant du drame survenu cette semaine, un autre point interpelle : l’âge de la victime. Le jeune homme était âgé de seulement 16 ans.

Pour l’heure, nos informations ne permettent pas de confirmer officiellement que l’adolescent travaillait pour Deliveroo, mais un sac de livreur a été retrouvé sur les lieux de l’accident. 

Auprès de nos confrères de 20Minutes, Damien Steffan, porte-parole de Deliveroo indique que « dès que nous avons appris la nouvelle, nous avons ce matin pris attache avec les enquêteurs pour nous mettre à leur disposition et proposer notre aide ». Et de rappeler que l’entreprise n’autorise pas le travail des moins de 18 ans.

Seulement, la réalité est parfois bien différente sur le terrain. Le phénomène de « sous-location » de comptes de livreurs est monnaie courante. « Ce n’est pas mon compte, je n’ai pas de papiers alors je ne peux pas en avoir un », reconnaît avec réticence Youssouf*, interrogé dans le Vieux Lille. « Je récupère à peu près la moitié sur une course, alors que c’est moi qui prends les risques. Mais il n’y a que comme ça que je peux travailler. »

Lui est majeur, il a 19 ans, mais il sait que d’autres sans-papiers, mineurs cette fois, livrent pour le compte d’autrui. « Les clients n’y voient rien. Pour eux, on se ressemble tous avec les masques », ironise-t-il. « Mais j’ai déjà vu des gamins faire des courses. Parfois c’est des gosses qui sont à la rue ou en hébergement d’urgence. »

« C’est ça ou le vol et le deal »

Un autre livreur, Lyes*, souligne que « souvent, les jeunes travaillent dans des conditions dangereuses. Ils n’ont pas de protection, leur vélo est tout pourri et ils bossent souvent quand la météo est la pire ». Selon lui, ces adolescents « n’ont pas le choix s’ils veulent survivre. C’est ça ou le vol et le deal. Ce qui les met en danger, c’est les gars qui les exploitent mais aussi l’État qui les laissent dans des situations merdiques (sic). »

Les différentes plateformes essaient de mobiliser des outils pour lutter contre la sous-traitance illégale. Mais ils ne semblent pas avoir montré pour l’heure toute leur efficacité.

avec Julien Bouteiller

*Son prénom a été modifié à sa demande dans le but de conserver son anonymat.

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