«Rigueur » est un mot que Martine Aubry n’aime pas. Il n’apparaît d’ailleurs jamais dans les communications budgétaires lilloises. Il est pourtant dans les esprits. Et pour cause : au fil des années, les marges de manoeuvre financières de la ville se sont réduites. Le mouvement a été lent, continu, et lourd de conséquences. Lorsque la maire de Lille a été élue, en 2001, les charges de personnel représentaient 52% des dépenses de la ville. En 2020, elles frôlent les 64%, alors que l’orthodoxie budgétaire recommande de ne pas dépasser 57% à 58%, ce qui est le niveau où se tiennent les villes de taille comparable comme Montpellier, Strasbourg, Rennes, Bordeaux et Nantes.

« La métropolisation des services n’est pas toujours facile au sein de la MEL, pour des raisons pratiques et politiques »

Les écarts avec Lille deviennent très significatifs : à Bordeaux, les dépenses de personnel annuelles par habitant sont de 569 euros, contre 841 euros à Lille, soit 47% d’écart. « Prudence avec les comparaisons ! plaide Marion Gautier, adjointe aux finances lilloise. Bordeaux a moins de services en régie que Lille, et a sans doute mutualisé davantage avec sa communauté urbaine. Ce n’est ni un secret, ni une excuse, simplement un constat : la métropolisation des services n’est pas toujours facile au sein de la MEL, pour des raisons pratiques et politiques. » Des précisions importantes, mais qui ne changent rien au constat de fond : les frais de personnel lillois deviennent lourds, alors qu’il faudra financer d’ici 2030 des investissements de transition énergétique significatifs, visant à améliorer le bilan carbone municipal.

Emprunter pour investir ? Là aussi, la ville est contrainte. La dette par habitant se monte à 1 505 euros au 1er janvier 2020, contre 1 106 euros en moyenne pour les communes de taille comparable. Pas d’inquiétude, la situation est sous contrôle, le délai de désendettement de la ville est raisonnable. En y consacrant toutes ses ressources disponibles, elle mettrait moins de sept ans à se désendetter entièrement. La zone de danger (où a déjà plongé Tourcoing) commence au-delà de douze ans. Lille en est loin, mais c’est au prix d’une hausse significative des impôts locaux.

Hausse d’impôts

Comme l’immense majorité des élus, l’édile de Lille répète chaque année qu’elle n’augmente pas les taux, ce qui est exact (sauf en 2015). C’est passer un peu rapidement sur le fait que l’État a augmenté les bases de calcul, et donc l’addition pour le contribuable. En théorie, les communes peuvent s’opposer à cette révision des bases à la hausse. « Citez-moi une ville qui l’a fait… », pointe Marion Gautier, à juste titre. Lille a simplement entériné des hausses, qui ont tout de même fait grimper le niveau cumulé de la taxe foncière et de la taxe d’habitation de 17% pendant le mandat 2014-2020.

Traditionnellement assez bas, les impôts locaux dans la capitale nordiste sont désormais aussi élevés qu’à Nantes, et plus élevés qu’à Rennes, Strasbourg ou Montpellier. Les probabilités de les voir baisser sont très faibles, car les dépenses de personnel, encore elles, vont augmenter dans les années à venir. « Lorsque le gouvernement décide de revaloriser les traitements des fonctionnaires, et nous y sommes favorables, il y a une répercussion sur nos dépenses, souligne Marion Gautier. Par ailleurs, la ville recrute vingt-cinq policiers municipaux et elle a décidé de déprécariser des agents qui travaillent comme contractuels, en les titularisant. C’est un choix assumé. Nous avions 4 275 agents titulaires en 2020, ils sont 4 373 en 2021. Par ailleurs, nous avons engagé un travail de redéploiement de postes pour maîtriser nos coûts et regagner en efficacité. C’est un vrai sujet, on ne le nie pas, mais cela prend du temps. »

Marion Gautier souligne un autre aspect du dossier qui complique la tâche à Lille : la croissance démographique marque le pas. Entre 2014 et 2020, Toulouse a gagné 30 000 habitants, Nantes en a gagné 18 000 et Lille… 809 exactement, selon les décomptes de la direction générale des collectivités territoriales. Les données de cette dernière peuvent différer légèrement de celles de l’Insee (qui recense 233 098 Lillois en 2021), mais il n’y a pas de doute sur la tendance. La population lilloise n’augmente quasiment pas. Sur le plan budgétaire, c’est un handicap. Car même si la réponse aux besoins des nouveaux habitants (école, crèche, piscine, etc.) coûtera tôt ou tard à la collectivité, leur installation se traduit dans un premier temps par des recettes fiscales supplémentaires.

L’énigme démographique

Depuis que Martine Aubry est maire, Lille a soigné les services aux habitants. Une piscine a ouvert à Lille-Sud en 2016 (une première depuis plus de 40 ans), il y a eu création de bibliothèques, un effort indéniable dans le domaine culturel… Mais le retour sur investissement de tous ces efforts en terme de nouveaux habitants est décevant. Pour quelles raisons ? Mystère…

Lille ne semble pourtant pas manquer d’attractivité. L’Insee publie tous les quatre ou cinq ans des données de mobilité. Elles permettent de retracer les mouvements de population en indiquant où vivaient les ménages un an plus tôt. En 2017, plus de 10% de la population lilloise s’est renouvelée seulement en douze mois. De Villeneuve d’Ascq (899 arrivées) à Ronchin (194), les treize premières communes de provenance des néo-Lillois étaient toutes dans le département à une exception près, Paris.

Idem dans l’autre sens. Les Lillois déménagent avant tout vers les communes voisines : Villeneuve d’Ascq (754 mouvements depuis Lille en 2017), Lambersart (720), La Madeleine (712), Tourcoing (674), Marcq-en-Baroeul (631), etc. Les entrées et les sorties s’équilibrent. Il n’y a pas de fuite des Lillois vers la périphérie (du moins, il n’y en avait pas en 2017), mais pas non plus d’arrivées massives. Ce qui oblige la ville à une certaine retenue budgétaire dans les années à venir.

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Finances des communes : Lille à la recherche de marges de manoeuvre – Mediacités
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